L'homme dans l'activité professionnelle et crise du coronavirus

Publié le 09/04/2020

La situation dans laquelle nous sommes depuis maintenant quelques semaines est inédite et impacte de façon systémique tous les acteurs de la société : individus, entreprises, institutions, gouvernement… Elle laisse peser des préoccupations lourdes sur la santé des plus fragiles, et conduit à une instabilité et des préoccupations nombreuses sur l’avenir.

 

Une situation inédite qui percute les organisations

Pour faire face à cette situation de « crise », plusieurs mesures / protocoles se mettent en place de manière très rapide à tous les niveaux : gouvernemental, sociétal, entrepreneurial, individuel… L’objectif est de limiter l’impact social et économique, tout en prenant en compte le risque sanitaire et humain.
Dans cette situation, pour tout travailleur, salarié, indépendant et chef d’entreprise, l’ensemble des sphères est impacté : sociale, professionnelle et organisationnelle. Chaque individu voit son positionnement radicalement changer en seulement quelques jours : distanciation sociale, changement des méthodes de travail ou chômage partiel, garde d’enfants tout en étant dans une situation d’incertitude et de crainte vis-à-vis de la maladie ou de la possibilité de prévoir l’avenir.
L’accès à de nombreuses données anxiogènes peut générer de profonds bouleversements psychologiques. La situation dans laquelle nous nous trouvons nécessite un changement et une adaptation fulgurante à ce qui est imposé tant sur le plan personnel et professionnel, qu’au niveau individuel et collectif.
Même s’il est encore trop tôt pour connaître exactement les conséquences de cette situation, différents éléments peuvent être soulignés.
 

L’impact de la situation au niveau professionnel

Tous les secteurs professionnels sont concernés par des changements impactant l’organisation mais également les conditions de travail.
Alors que les soignants et le personnel du milieu médical sont concentrés sur la prise en charge médicale et la gestion des aléas quotidiens (moyens humains, matériels, gestion du personnel, gestion vie privée/vie professionnelle, rapport à la souffrance et à la mort, deuil…), leurs problématiques sont bien spécifiques. Ils ont besoin d’une prise en charge adaptée afin de limiter les risques (professionnels, psychosociaux, psychiques…) sur cette population.
Les autres secteurs professionnels sont également touchés mais de manière différente et à différents niveaux par des changements d’organisation et d’outils de travail, de protocoles d’hygiène et de sécurité, de rythme (suractivité pour certain, sous activité pour d’autres), d’horaires (adaptation des horaires de travail au confinement), de rapports avec les collègues / l’encadrement (distanciation physique avec ou sans contacts virtuels), sur la façon d’encadrer, de manager et dans le rapport avec les clients / patients.
Tous ces éléments, auxquels s’ajoute un contexte de changement social avec imbrication de la vie personnelle / professionnelle pour beaucoup de travailleurs d’une manière relativement soudaine (télétravail, crainte de ramener le virus au domicile…) a des conséquences bien réelles. L’adaptation a été le maître mot de ces dernières semaines.
 

Le recours au télétravail désormais incontournable !

La mise en place du télétravail a été incitée par les pouvoirs politiques dès les premières allocutions afin de limiter le risque d’exposition des salariés au virus et limiter la propagation de celui-ci. Les encadrants ont dû alors revoir toute l’organisation interne de leur entreprise.
Type d’activité encore peu répandue dans l’hexagone, le télétravail nécessite une organisation spécifique, implique des règles, des validations spécifiques par les IRP et mobilise le dialogue social. Jusqu’à début mars, le télétravail était, dans la grande majorité des cas, réalisé de manière ponctuelle en complément de jours de présence dans l’entreprise. En temps normal il doit être organisé en amont et s’accompagne :

  • Par la mise en place d’accords d’entreprise et doit être clairement formalisé, organisé et validé par les instances représentatives du personnel (IRP).
  • Par la mise à disposition d’outils de communication permettant d’échanger en direct avec d’autres salariés (systèmes de discussion instantanée, échanges vidéo, outils de partage de documents…) pour limiter l’isolement.
  • Par la mise à disposition du matériel et aux bonnes conditions d’exercice et de sécurité quant aux risques professionnels.

Il ne représente qu’un faible nombre de personne dans la situation traditionnelle, bien que dans la majorité des cas cette façon de travailler est perçue de manière positive par les salariés qui y trouvent une qualité de vie personnelle (conciliation vie personnelle /professionnelle – réduction des trajets) mais également professionnelle (meilleure concentration, efficacité au travail…).
Dans la situation actuelle, le télétravail a été organisé de manière soudaine et aucune préparation n’a pu avoir lieu. Les entreprises ont dû s’organiser du mieux qu’elles le pouvaient avec les moyens en leur possession. Les salariés de leur côté, ont dû également s’investir dans cette nouvelle manière de travailler dans des conditions parfois plus que précaires, dans un environnement familial parfois compliqué. La fatigue ou les difficultés que peuvent rencontrer aujourd’hui certains salariés travaillant en télétravail ne sont pour beaucoup pas dues à ce mode de travail mais plutôt au contexte et la manière dans lesquels il se réalise.
Ce type d’activité doit être réfléchi avant sa mise en place afin d’adapter le travail à l’homme et mobiliser les ressources de l’organisation pour que chacun y trouve un équilibre. Il est important de noter que toutes les activités ne sont pas « télétravaillables » telles qu’entendues dans le sens commun.
 

La nécessité de continuer et d’adapter son activité

Certaines activités ont dû simplement s’arrêter alors que d’autres (commerces de première nécessité, approvisionnement, transport, logistique, certaines structures médicales, service public minimum, garde d’enfants, etc.) doivent s’adapter au mieux aux nouvelles conditions d’exercice et à leur continuité d’activité. Elles doivent trouver une nouvelle façon de travailler, de s’organiser, de se réapprovisionner, de communiquer, d’échanger tout en ayant de surcroît, une responsabilité quant à la préservation de l’état de santé de leurs salariés.
Les salariés quant à eux, doivent se rendre quotidiennement sur leur lieu de travail dans un climat général relativement « anxiogène » avec des modifications de leurs conditions de travail et de réalisation de leur activité (outils, moyens de protection, mesures et protocoles d’hygiène, temps de travail, crainte face au risque d’être contaminé) tout en devant être, pour la plupart, au contact du public.
C’est toute l’économie qui a dû se réorganiser pour affronter du mieux possible cet épisode rare. Il s’agit de soutenir les établissements de santé tout en apportant une protection maximale à une population, qui continue de vivre et qui a, des besoins fondamentaux.
C’est tout l’enjeu de disposer d’espaces de discussion et de démarches non pas uniquement centrées sur la gestion du risque (obligation incontournable), mais plus globalement sur les déterminants de l’organisation portées par un dialogue social avec de nouvelles modalités de concertation et de négociation.
 

La mise en place d’actes d’entraide et de solidarité

Une autre donnée est indispensable à souligner. Elle concerne les élans d’entraide et de solidarité qui se sont mis en place dès les prémices de cette situation d’urgence tant sur le plan individuel que collectif. En effet, des individus, des entreprises ou même des associations se mobilisent pour pouvoir apporter leur soutien au personnel d’établissements de soins et/ou aux personnes en difficulté : création de masques ou de tenue de protection par des individuels, mise à disposition et distribution de repas, des entreprises qui transforment leurs lignes de production pour apporter des ressources manquantes (masques, tenues, matériels…), valorisation des producteurs locaux dans certaines grandes surfaces…
 

L’importance du travail dans la situation « d’urgence » actuelle

La place du travail comme vecteur dans l’épanouissement personnel n’est plus a démontré. Le travail qui apportait initialement la possibilité de se nourrir ou d’obtenir une richesse, est devenu davantage dans notre société actuelle une source d’épanouissement personnel offrant également la possibilité de s’octroyer une place dans la société. Le travail est devenu un aspect identitaire indéniable, après la notion de famille.
Bien plus qu’un simple aspect individuel, le travail c’est aussi un collectif mais également un sentiment d’appartenance (à une entreprise, à une société, à une profession ou à un secteur d’activité). Le rôle qu’apporte le travail dans la situation que nous vivons dépasse largement la question de l’obligation de travail.
En effet, les personnes qui travaillent aujourd’hui se reconnaissent à travers l’importance de leur activité et de leur rôle dans la situation actuelle en aidant les autres (leur permettre de guérir, de nourrir, d’aider, de soutenir…) Le rôle identitaire qu’apporte le travail est d’autant plus marqué dans ce genre de situation où la crainte d’être exposé à ce virus est bien présente pour cette population.
Dans un second temps, il est également nécessaire de dire que la distanciation sociale imposée aujourd’hui, est pour beaucoup synonyme d’isolement. La situation actuelle implique d’importantes répercussions au niveau psychologique et n’est pas sans conséquence pour tout être humain. En effet, elle modifie énormément la façon de vivre et de s’investir dans différentes activités sociales, sportives et culturelles. Toute la relation à l’autre est modifiée.
Outre l’aspect identitaire, le travail permet dans ce sens, de conserver un lien social primordial à tout être humain. Le travail est une ressource indéniable pour tout individu, il fait partie de la vie sociale mais aussi culturelle.
 

Conclusion

La situation que nous sommes en train de vivre est un réel bouleversement pour tous mais également une remise en question de nos systèmes actuels (de santé, professionnels, de protection, de propagation, du service de soin et de prise en charge des patients et des soignants…).
L’importance de la mobilisation de tous les acteurs et de l’interdépendance entre toutes les activités est plus que jamais mis en avant ainsi que l’importance du rôle individuel et collectif, trop peu souligné en temps normal.
Cette période sera lourde de conséquences au niveau humain, économique et financier, il est donc nécessaire de s’en servir pour se poser les bonnes questions et permettre la mise en place de modifications qui s’inscriront dans l’évolution de l’histoire économique et sociale.

Article rédigé par Aline VEYSSIERE
Psychologue du travail & Ergonome
Cabinet A Stella Conseil - Membre du réseau I3R
contact : astellaconseil@gmail.com
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